Sous la protection de Thérèse de Lisieux

Jean Baptiste Eugène Baray, un frère d’Émile, survit à la guerre. Blessé à plusieurs reprises, il rentre dans son foyer avec une pension d’invalidité évaluée par l’armée à 75 %. Dérisoire compensation pour les séquelles irréversibles avec lesquelles il bâtira son nouvel avenir professionnel et mènera une vie sociale acceptable. Eugène est son prénom usuel. Dans son village, il est le Pé Moute parce qu’il a toujours froid et ne quitte plus une veste de mouton retourné. Ainsi, il est différencié de tous les Eugène puisés dans le stock familial, vivants ou morts, et les Eugène du voisinage.
Le 6 mai 1919, il épouse Louise Amélie Goubert. La tuberculose dont est atteinte Louise ne le décourage pas. N’est-il pas lui-même en position de faiblesse ? Il a 38 ans, elle en a 35. Le couple s’installe provisoirement dans la ferme d’Émile et Charlotte à Auberville-la-Manuel. Eugène portera leur fils sur les fonts baptismaux, Eugène Jean Baptiste, héritier de ses prénoms selon l’usage.

Jean Baptiste Eugène Baray épouse Louise Amélie Goubert

La Première Guerre mondiale se double d’une recrudescence de mortalité due à la tuberculose. En 1920, elle fait 85000 morts. Le vaccin contre la tuberculose mis au point par Albert Calmette et Camille Guérin est administré pour la première fois à un nouveau-né en juillet 1921. Des essais ont suivi, ils ont montré une efficacité de plus de 90 % contre la forme mortelle de la tuberculose chez les nouveau-nés. La guerre contre la tuberculose est menée.

Louise est attachée à la foi chrétienne qu’elle a reçue par le baptême et aux actes religieux. Elle suit le calendrier des saints, prie ses protecteurs, les implore selon le besoin. Sa dévotion à la Sainte Vierge est active. Son mari a trop souffert, il n’accorde aucune valeur à la religion. Avant l’année 1921, la maladie de Louise ne l’empêchait pas de vaquer à ses occupations quotidiennes. Une aggravation subite avec une brutale perte de poids et une forte fièvre l’obligea à s’aliter en décembre 1921. Le mal s’amplifiait, la douleur lui faisait perdre connaissance. Sa mère, présente à son chevet, implorait Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus, la priait pour que sa fille ne meure pas. Des neuvaines furent organisées en famille. Craignant une issue fatale en février 1922, le curé d’Auberville-la-Manuel, Julien Bénard, lui administra les derniers sacrements. Louise est prête à mourir.

Le docteur Gayet, médecin de Louise
Le docteur Gayet, médecin de Louise, décrit les symptômes de sa maladie : « Tuberculose pulmonaire du sommet gauche avec poussée aiguë de décembre 1921 à janvier 1922 et fièvre continue à 39 et 40°. Après une chute de la température au-dessous de la normale, 35 ou 36°, apparaissent, au début de 1922, des malaises ou syncopes qui vont en s’aggravant de plus en plus. Ces malaises sont de nature pithiatique : raideur des membres, battement rapide des paupières, etc. Au cours de la crise du 21 février 1922 qui a été la dernière et dura de 15 à 17 heures, la malade éprouvait en étouffant l’impression d’un rétrécissement de tout l’organisme. »

L’apparition de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus
Le 21 février 1922, Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus apparut dans la chambre de la malade. Après une brève conversation entre les deux femmes, Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus lui affirma qu’elle était guérie. Un miracle venait de se produire.

Un rapport envoyé à Lisieux
Après cet événement incroyable, un rapport fut rédigé par l’abbé Julien Bénard et le docteur Gayet sur l’état de la malade et les circonstances exactes de la venue de la Sœur.
« Je témoigne qu’à la fin de février, la malade était debout, ne toussait plus et n’accusait aucune douleur, alors que depuis le commencement de janvier elle ne pouvait quitter son lit et ne savait faire un mouvement sans souffrir et sans tousser », a précisé le docteur Gayet.
Les membres de la famille présents ont signé le rapport après avoir noté leurs observations.

La conclusion de l’abbé Bénard
« Cet acte, rédigé sur papier timbré, porte la légalisation de la mairie. À l’expédition des documents, j’ai joint ma déclaration confirmant et précisant les détails de la guérison. Elle eut donc lieu le 21 février à 5 heures ¾, subitement, à la suite de l’apparition de la sainte Carmélite : la nuit, la malade put dormir ; dès le lendemain, elle se levait quelques heures ; le surlendemain, de 11 heures jusqu’à 8 heures du soir ; et, maintenant, elle regagne chaque jour de nouvelles forces. Les souffrances et les crises de faiblesse ne l’ont pas reprise une seule fois, non plus qu’une toux quotidienne qui durait depuis quatorze ans. J’ajouterai que le poids de la malade guérie a augmenté rapidement depuis le jour de la guérison. Ses forces reviennent et l’heureuse privilégiée de Sœur Thérèse, sans fatigue excessive, assistait à la grand’messe et aux vêpres pour la première fois le 19 mars. »

Il paraît que Jean Baptiste Eugène Baray, l’époux de Louise, a retrouvé l’envie de croire en Dieu.
L’événement est publié dans le tome 6 de Pluie de Roses, un ouvrage qui mentionne les miracles accomplis entre 1907 et 1926 par l’intervention de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus, rédigés par les bénéficiaires et leurs témoins.

La couverture du tome 6

La couverture est dessinée par Soeur Geneviève et Charles Jouvenot.
Charles Jouvenot est un artiste peintre qui a illustré des ouvrages de Sœur Thérèse et d’autres sur elle. On lui doit aussi les dessins de deux verrières dans la chapelle du Carmel : Thérèse relevant un soldat blessé en 1914 ; Thérèse guérissant un missionnaire du Congo belge en 1919.
« Après ma mort, je ferai tomber une pluie de roses. Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre. » – Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus. Elle est décédée à 24 ans de la tuberculose. Elle avait rédigé ses mémoires parus sous le titre Histoire d’une âme. Ils ont fait le tour du monde. Thérèse de l’Enfant-Jésus fut canonisée le 17 mai 1925 par le pape Pie XI.