{"id":591,"date":"2026-02-18T17:42:49","date_gmt":"2026-02-18T16:42:49","guid":{"rendered":"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/?p=591"},"modified":"2026-02-19T16:59:27","modified_gmt":"2026-02-19T15:59:27","slug":"emile-baray-mon-grand-pere-maternel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/?p=591","title":{"rendered":"\u00c9mile Baray, mon grand-p\u00e8re maternel"},"content":{"rendered":"\n<p>Les parents d\u2019\u00c9mile Baray \u00e9l\u00e8vent sept gar\u00e7ons n\u00e9s \u00e0 Auberville-la-Manuel. Pas une seule fille pour seconder sa m\u00e8re. \u00c9mile est le quatri\u00e8me. Ils font partie de la g\u00e9n\u00e9ration dite sacrifi\u00e9e, leur jeunesse baign\u00e9e de sang, une affligeante parenth\u00e8se dans leur vie.<br>\u00c9mile, classe 1905, a 28 ans quand il est rappel\u00e9 sous les drapeaux par d\u00e9cret de mobilisation g\u00e9n\u00e9rale du 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1914. Il laisse une fianc\u00e9e en pleurs, Charlotte Cavelier. Avant de partir assumer son devoir de citoyen, il lui promet de la conduire \u00e0 l\u2019autel lors d\u2019une permission. Le lundi 29 janvier 1917 \u00e0 huit heures au clocher, Jules Roquigny, le ch\u00e2telain de Saint-Martin-aux-Buneaux, les unit. Sans fortune ni bien, ils n\u2019offrent pas d\u2019anneau d\u2019or \u00e0 leur annulaire, le notaire ne leur r\u00e9dige pas de contrat.<br>Bless\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, \u00c9mile sort de l\u2019enfer.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/167-aout-1935-Emile-Baray-700x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-586\" style=\"width:502px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/167-aout-1935-Emile-Baray-700x1024.jpg 700w, https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/167-aout-1935-Emile-Baray-205x300.jpg 205w, https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/167-aout-1935-Emile-Baray-768x1123.jpg 768w, https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/167-aout-1935-Emile-Baray-1050x1536.jpg 1050w, https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/167-aout-1935-Emile-Baray-920x1345.jpg 920w, https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/167-aout-1935-Emile-Baray.jpg 1300w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Emile Baray en 1935<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Il est un for\u00e7at du travail. Il \u00e9conomise pour r\u00e9aliser son r\u00eave&nbsp;: acheter une ferme pour mettre sa famille \u00e0 l\u2019abri du besoin. Il est journalier et \u201ccasseu d&rsquo;cailloux\u201d. La journ\u00e9e de travail termin\u00e9e, il fonce \u00e0 la carri\u00e8re muni d&rsquo;une massette pour casser des cailloux, contribuant \u00e0 fabriquer nos \u00e9l\u00e9gantes b\u00e2tisses normandes lign\u00e9es de briques et de silex. Il exerce cette double activit\u00e9 pour se constituer un p\u00e9cule et acqu\u00e9rir des parcelles \u00e0 vendre et sa ferme, sa ferme nourrici\u00e8re qui lui \u00e9pargnera la famine.<\/p>\n\n\n\n<p>Le voici cultivateur-propri\u00e9taire \u00e0 Auberville-la-Manuel, un modeste agriculteur laborieux, pas mieux loti que la plupart, \u00e9cras\u00e9 \u00e0 la t\u00e2che, tremp\u00e9 de sueur, s\u00e9rieux, \u00e9conome par prudence, aussi maigre que les harengs saurs dont il d\u00e9jeune de temps \u00e0 autre vers dix heures, accompagn\u00e9s d&rsquo;un quignon de pain beurr\u00e9, mais partageant sa paille et son avoine. Nanti de vingt-cinq hectares labourables, des herbages, un troupeau de vaches, une jument en guise d&rsquo;ouvri\u00e8re, Coquette, franche du collier, qui tracte la charrue et la charrette, des poules et des lapins, et <em>sa<\/em> ferme au fond d&rsquo;une impasse empierr\u00e9e, murs de brique, toit d\u2019ardoise et sol en terre battue.<\/p>\n\n\n\n<p>Il poss\u00e9dait trois parcelles au Qu\u00e9neau, un lieudit de Veulettes-sur-Mer\u00a0: un herbage pentu, clos, \u00e9quip\u00e9 d\u2019abreuvoirs o\u00f9 paissaient en libert\u00e9 des bovins avant l\u2019abattage\u00a0; une terre de labour ensemenc\u00e9e en bl\u00e9 et en avoine\u00a0; une prairie sem\u00e9e de tr\u00e8fle et luzerne et autres plantes fourrag\u00e8res que les vaches laiti\u00e8res broutaient au printemps et \u00e0 l\u2019automne.<br>Pour am\u00e9liorer leur quotidien, son \u00e9pouse Charlotte vend le lait, les \u0153ufs, le beurre aux villageois.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"689\" src=\"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/168-Emile-Baray-jument-Coquette-1024x689.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-587\" srcset=\"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/168-Emile-Baray-jument-Coquette-1024x689.jpg 1024w, https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/168-Emile-Baray-jument-Coquette-300x202.jpg 300w, https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/168-Emile-Baray-jument-Coquette-768x516.jpg 768w, https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/168-Emile-Baray-jument-Coquette-1536x1033.jpg 1536w, https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/168-Emile-Baray-jument-Coquette-920x619.jpg 920w, https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/168-Emile-Baray-jument-Coquette.jpg 1914w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>\u00c0 l\u2019occasion, \u00c9mile Baray emm\u00e8ne ses enfants dans la charrette<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Ce doit \u00eatre dimanche, car la chemise blanche est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 ce jour. Il est ras\u00e9 de pr\u00e8s et a parfum\u00e9 son mouchoir d&rsquo;eau de lavande. Dimanche, le jour consacr\u00e9 au Seigneur, une r\u00e9compense au dur labeur de la semaine. \u00c9mile respecte la tradition chr\u00e9tienne jusqu\u2019au moment d\u2019aller traire les vaches. Il est un pratiquant \u00e9pisodique. Il ne s&rsquo;acquitte de ses obligations religieuses qu&rsquo;\u00e0 No\u00ebl, \u00c9piphanie, P\u00e2ques, Ascension, Pentec\u00f4te et Toussaint. Plut\u00f4t que d\u2019accomplir ses d\u00e9votions, quitte \u00e0 s&rsquo;attirer les foudres c\u00e9lestes, il pr\u00e9f\u00e8re rejoindre les copains en remerciant la Providence de cette circonstance b\u00e9n\u00e9fique o\u00f9 il ne transpire pas. Il s\u2019en excuse en disant que s\u2019il ne va pas \u00e0 la messe, c\u2019est son affaire avec le Grand Manitou, directement, sans interm\u00e9diaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand ses articulations ont commenc\u00e9 \u00e0 le chatouiller m\u00e9chamment, il s\u2019est fabriqu\u00e9 un jouquet pour ramener le lait de la traite des vaches rest\u00e9es en p\u00e2ture \u00e0 Veulettes. Pas un jouquet comme celui que les riches ach\u00e8tent, ses modestes finances ne lui permettant aucun \u00e9cart, un jouquet \u00e0 sa fa\u00e7on constitu\u00e9 d\u2019un crochet fix\u00e9 \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9 d\u2019une solide sangle de cuir qu\u2019il portait par son milieu sur la nuque ploy\u00e9e, les anses de deux seaux charg\u00e9s de la traite crochet\u00e9es par ce moyen, un seau \u00e0 droite de son corps, l\u2019autre \u00e0 gauche dont il tenait les anses \u00e0 bout de bras \u00e9cart\u00e9s. Ainsi, il soulageait le port des r\u00e9cipients. Il avait ajout\u00e9 \u00e0 ce jouquet particulier de fortune un carr\u00e9 de bois qu\u2019il posait horizontalement sur les r\u00e9cipients \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des anses, lui-m\u00eame marchant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du carr\u00e9, pour tenir les seaux encombrants \u00e0 distance de ses hanches, cuisses et genoux. Il avan\u00e7ait lentement d\u2019un pas r\u00e9gulier et pesant, la colonne cervicale en souffrance et faisait attention \u00e0 ne pas r\u00e9pandre la pr\u00e9cieuse boisson. Peut-\u00eatre s\u2019en servait-il aussi pour approvisionner en eau les abreuvoirs dans la p\u00e2ture.<br>Il y a de nombreuses fa\u00e7ons de faire porter \u00e0 son corps une charge : sur la t\u00eate, le cou, l&rsquo;\u00e9paule ou les \u00e9paules, le bras, la hanche, le dos&#8230; La meilleure m\u00e9thode \u00e9tant celle qui permet \u00e0 la fois de tirer le maximum de ses forces et de les \u00e9conomiser. Le jouquet servait \u00e0 transporter deux seaux ou deux bidons de lait. Ce syst\u00e8me de portage consistait en une pi\u00e8ce de bois \u00e9chancr\u00e9e en son milieu pour \u00e9pouser la nuque et reposer convenablement sur les \u00e9paules. Certains mod\u00e8les poss\u00e9daient un rembourrage pour un maximum de confort.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9mile poss\u00e9dait une bascule \u00e0 grain, un instrument de pesage avec ses poids hexagonaux en fonte de fer, qu&rsquo;un anneau permettait de soulever. Ses petites-filles grimpaient sur le plateau principal en imaginant conduire une voiture ou utilisaient celui des poids comme balan\u00e7oire pour leur poup\u00e9e. Il \u00e9tait suspendu par quatre cha\u00eenes au bout d\u2019un bras de levier en fer.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la Seconde Guerre mondiale a \u00e9clat\u00e9, \u00c9mile a dit que s\u2019ils \u00e9taient contraints de quitter leur maison, ils se cacheraient au Vicly, une marni\u00e8re dissimul\u00e9e sous les buissons, \u00e0 mi-chemin entre Veulettes-sur-Mer, Malleville-les-Gr\u00e8s et Auberville-la-Manuel. Nulle part ailleurs ils seraient en s\u00e9curit\u00e9. Et lorsque les mitrailleuses ont cr\u00e9pit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de Cany-Barville et de Saint-Val\u00e9ry-en-Caux, \u00c9mile a d\u00e9tach\u00e9 le b\u00e9tail et baiss\u00e9 les cl\u00f4tures pour qu\u2019il ne cr\u00e8ve pas de faim \u00e0 l\u2019attache sur la parcelle. Quelques provisions dans un panier et les voil\u00e0 partis dans la marni\u00e8re, pris en chasse par un avion ennemi avant de s\u2019y rendre, mais saufs.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9mile Baray cesse de vivre \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 81 ans. Sa mort tourne la page de la Premi\u00e8re Guerre mondiale dans sa commune natale&nbsp;: il est le dernier Ancien combattant. Il est inhum\u00e9 dans le cimeti\u00e8re qui entoure l\u2019\u00e9glise d\u2019Auberville-la-Manuel.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/169-Emile-Baray-Charlotte-Cavelier-Auberville-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-588\" style=\"aspect-ratio:0.750005104019926;width:498px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/169-Emile-Baray-Charlotte-Cavelier-Auberville-768x1024.jpg 768w, https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/169-Emile-Baray-Charlotte-Cavelier-Auberville-225x300.jpg 225w, https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/169-Emile-Baray-Charlotte-Cavelier-Auberville-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/169-Emile-Baray-Charlotte-Cavelier-Auberville-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/169-Emile-Baray-Charlotte-Cavelier-Auberville-920x1227.jpg 920w, https:\/\/sylviehippolyte.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/169-Emile-Baray-Charlotte-Cavelier-Auberville-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Lui qui a pass\u00e9 sa prime jeunesse dans un univers masculin a eu cinq petites-filles. Pas un seul petit-fils. Sa derni\u00e8re petite-fille est n\u00e9e apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les parents d\u2019\u00c9mile Baray \u00e9l\u00e8vent sept gar\u00e7ons n\u00e9s \u00e0 Auberville-la-Manuel. 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