{"id":538,"date":"2024-12-09T21:49:19","date_gmt":"2024-12-09T20:49:19","guid":{"rendered":"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/?p=538"},"modified":"2024-12-10T09:19:15","modified_gmt":"2024-12-10T08:19:15","slug":"la-porte-a-bebes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/?p=538","title":{"rendered":"La porte \u00e0 b\u00e9b\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-e963c7f9e627f67a2bba55267fed2e30 wp-block-paragraph\">Michel Bazin, \u00e2g\u00e9 de 76 ans en 1806, \u201cramasse\u201d chaque jour les b\u00e9b\u00e9s d\u00e9pos\u00e9s devant l\u2019hospice de Saint-Pierre-l\u00e8s-Calais. Il en est le portier. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, il n\u2019a pas ch\u00f4m\u00e9&nbsp;: sur les 211 enfants enregistr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tat civil de Saint-Pierre-l\u00e8s-Calais, commune de 3360 \u00e2mes, 44 ont \u00e9t\u00e9 collect\u00e9s dont 42 par lui. F\u00e9vrier, mars et juin ont livr\u00e9 le plus grand nombre de b\u00e9b\u00e9s, il y a eu pour chacun de ces mois sept abandons. Deux nourrissons sont abandonn\u00e9s en mai&nbsp;: Victoire Eug\u00e9nie \u00e2g\u00e9e d\u2019environ dix mois, d\u00e9couverte le 6 \u00e0 21 heures 30 dans la rue Dame veuve Grigny au pied du magasin de Madame Poulain par Philippe Jacques Huquet, brasseur, et Jean Hypolite, notre anc\u00eatre, trois jours apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-3b8014022a6d856c9627c1c1d11233f8 wp-block-paragraph\">D\u00e8s qu\u2019il les tient dans les bras, Michel Bazin les confie aux dames de l\u2019hospice charg\u00e9es de leur refaire une sant\u00e9 avant de les envoyer chez une nourrice r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e. Un proc\u00e8s-verbal est \u00e9tabli en pr\u00e9sence du d\u00e9couvreur, du maire et deux t\u00e9moins. Les enfants recueillis de cette fa\u00e7on portent la plupart du temps deux pr\u00e9noms dont le deuxi\u00e8me sert de nom de famille. Si quelques-uns sont enregistr\u00e9s avec un seul nom qui leur sert de pr\u00e9nom et de nom, d\u2019autres en ont trois. L\u2019identit\u00e9 d\u2019Andr\u00e9 Adolphe Louis a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e, le proc\u00e8s-verbal indique&nbsp;: Mesdames, ce sont les circonstances malheureuses qui me font exposer mon enfant. J\u2019implore vos charitables saints aupr\u00e8s de lui. J\u2019esp\u00e8re que le seigneur exaucera mes v\u0153ux. Il n\u2019y sera que tr\u00e8s peu de temps. Je prie de remarquer l\u2019endroit afin que je puisse l\u2019avoir. Il est baptis\u00e9. Il se nomme Andr\u00e9 Adolphe Louis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des papiers et petits objets de reconnaissance sont d\u00e9pos\u00e9s dans les langes, les bonnets ou plac\u00e9s sur le corps. Ils contribuent \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de l\u2019enfant. Ils sont soigneusement conserv\u00e9s par l\u2019hospice et rendus \u00e0 l\u2019enfant adulte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-ea745c4887f4eb8e4dff3bd6a57f08c8 wp-block-paragraph\">Il est 21 heures 30 le 26 juin quand Michel Bazin d\u00e9couvre Jean Baptiste. Il est emmaillot\u00e9 de trois couches, un lange de laine, un lange de molleton, une brassi\u00e8re de bazin, une chemise brassi\u00e8re, un serre-t\u00eate de toile, un bonnet de coton par-dessus. Son \u00e2ge n\u2019est pas indiqu\u00e9. Un billet l\u2019accompagne\u00a0: <a>Une fille infortun\u00e9e n\u2019ayant aucun moyen d\u2019existence se voit dans la dure n\u00e9cessit\u00e9 de confier \u00e0 l\u2019administration de l\u2019hospice de la ville de Calais son fils nomm\u00e9 Jean Baptiste. Si la fortune lui peut permettre d\u2019expier sa faute tout en pleurant sur la destin\u00e9e de son enfant, elle n\u2019eut pas craint de faire les sacrifices les plus grands. Des jours peut-\u00eatre plus heureux pourront luire sur la destin\u00e9e future de Jean Baptiste. Son p\u00e8re aura peut-\u00eatre assez de sensibilit\u00e9 pour se rappeler qu\u2019il lui a donn\u00e9 l\u2019existence, alors lui et sa m\u00e8re se feront un devoir de le retirer de l\u2019hospice de l\u2019humanit\u00e9. Pour marque distinctive de cet enfant, on trouvera dans son bonnet un morceau de ruban bleu coup\u00e9 aux deux extr\u00e9mit\u00e9s en quatre parties et en forme de dents-de-loup. On est pri\u00e9 de garder pr\u00e9cieusement ce papier ainsi que le ruban trouv\u00e9 dans le bonnet de l\u2019enfant. Calais, le 26 juin 1806.<\/a><br>Le bazin est un tissu en coton damass\u00e9 brillant, teint artisanalement, \u00e9l\u00e9gant. Son prix est \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-a0c49dfa530a032ba4c23a30e187e465 wp-block-paragraph\">L\u2019enfant d\u00e9couvert le 11 avril \u00e0 1 heure du matin par Michel Bazin est signal\u00e9 comme emmaillot\u00e9 <a>d\u2019une petite capote de serge fond verdasse, le dos doubl\u00e9 de vieux molleton, le devant de vieille serge brune ayant une poche de toile grise en dedans du c\u00f4t\u00e9 gauche et des bouts de galon de laine noire crois\u00e9 pour boutonni\u00e8res<\/a>. L\u2019enfant s\u2019appellera Marie Anne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La description minutieuse de la tenue vestimentaire dans les couleurs, les motifs et la mati\u00e8re, et leur maigre h\u00e9ritage\u00a0: un ruban, une photo, un bijou, un mot\u2026, figurent dans le proc\u00e8s-verbal. Les morceaux de ruban sont soigneusement d\u00e9crits, ils serviront de preuve pour un retour dans le foyer, le d\u00e9positaire en ayant conserv\u00e9 une partie qu\u2019il pourra montrer, un important signe de l\u2019identit\u00e9 de son enfant. Le pr\u00e9nom est parfois not\u00e9 sur un papier, l\u2019enfant le conservera.<br>Le mat\u00e9riel de couchage est aussi d\u00e9crit. Marie Philippine, d\u00e9couverte devant la Grande Porte de Guise rue de la Prison \u00e0 Calais par Auguste Rigault, serrurier, est expos\u00e9e dans une corbeille d\u2019osier blanche. Albert Joseph est couch\u00e9 dans un panier d\u2019osier blanc \u00e0 bras rempli de paille. Joseph Romual est expos\u00e9 dans un panier \u00e0 bras rempli de foin, couvert d\u2019un vieux sac de treillis tout pourri. Charles Henry est expos\u00e9 sur une poign\u00e9e de foin. Jeanne Philippine attend son bienfaiteur dans une manne d\u2019osier remplie de paille, la t\u00eate envelopp\u00e9e dans un vieux mouchoir de poche tout d\u00e9chir\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Michel Bazin n\u2019a pas recueilli que des nouveau-n\u00e9s cette ann\u00e9e-l\u00e0&nbsp;: Nicolas Henry est \u00e2g\u00e9 d\u2019environ trois ans. D\u00e9couvert le 25 mars \u00e0 23 heures, il est v\u00eatu d\u2019une vieille jupe de laine toute raccommod\u00e9e, d\u2019une vieille veste de coutil, d\u2019une vieille chemise longue, un vieux bonnet de coton, une vieille paire de galoches fourr\u00e9es. Interrog\u00e9, il a dit que son p\u00e8re est mort, que sa m\u00e8re reste \u00e0 Sangatte et que sa tante se nomme Marguerite. Il est accompagn\u00e9 de son fr\u00e8re \u00e2g\u00e9 d\u2019environ six mois, emmaillot\u00e9 d\u2019une vieille couche, d\u2019un vieux morceau de couverture, une vieille brassi\u00e8re de toile, une vieille chemise longue, un vieux bonnet de toile. Il s\u2019appellera No\u00ebl Henry. Les deux fr\u00e8res se retrouveront peut-\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Est-ce Marguerite qui a abandonn\u00e9 les enfants sur la voie publique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre anc\u00eatre de parents inconnus est d\u00e9couvert le 9 mai 1806 \u00e0 une heure du matin par Michel Bazin. Son \u00e2ge est \u00e9valu\u00e9 \u00e0 deux jours. Il est d\u00e9crit comme emmaillot\u00e9 de trois couches, un lange de molton blanc, une brassi\u00e8re de toile peinte de diff\u00e9rentes couleurs, une chemise brassi\u00e8re garnie de mousseline, un serre-t\u00eate blanc en piqu\u00e9, un autre de toile peinte fond blanc, portant pour remarque un quait ou quart (un bout) de ruban fond violet dentel\u00e9 des deux bouts, coup\u00e9 au milieu d&rsquo;un bout, plac\u00e9 sur l&rsquo;estomac. Il re\u00e7oit les noms de Jean Hypolite.<br>Le pr\u00e9nom Hippolyte est courant, le patronyme Hippolyte serait rare. Il vient du grec et signifie celui qui dompte les chevaux. La variante Hypolite est port\u00e9e en particulier dans la Somme. Jean n\u2019a pas dompt\u00e9 les chevaux, mais la mort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous ne connaissons pas son parcours d\u2019enfant et d\u2019adolescent. Sa m\u00e8re est-elle revenue le chercher quand les jours lui ont \u00e9t\u00e9 plus favorables en agitant le morceau de ruban qu&rsquo;elle a conserv\u00e9 et dont elle a pos\u00e9 l&rsquo;autre bout sur l&rsquo;estomac de son petit, comme signe de reconnaissance&nbsp;? Sinon, il a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 \u00e0 une nourrice r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e \u00e0 cet effet qui avait plusieurs pensionnaires pour augmenter ses revenus. A-t-il \u00e9t\u00e9 bien nourri, bien entretenu, bien trait\u00e9&nbsp;? Il a surv\u00e9cu, il a r\u00e9ussi un beau parcours d\u2019adulte. Nombre de ces enfants ne sont recueillis par les nourriciers que dans un but lucratif et de main-d\u2019\u0153uvre \u00e0 bon march\u00e9. Beaucoup meurent faute de soins. Quelques-uns re\u00e7oivent de l\u2019affection. \u00c0 douze ans, ils sont plac\u00e9s chez un patron. Jean a-t-il \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole&nbsp;? Il ne sait pas signer son nom \u00e0 son mariage. Pourtant, la loi de Messidor An 5 encadre le placement en nourrice&nbsp;: l\u2019enfant recueilli doit \u00eatre scolaris\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-link-color wp-elements-b61f2c67cb1dcf57ba2d7844065511ba wp-block-paragraph\">\u00c0 27 ans, Jean Hypolite, devenu postillon, fonde un foyer avec Marie Jos\u00e8phe Bernardine Douchin, une couturi\u00e8re de 20 ans. Le couple s\u2019installe \u00e0 Nampont-Saint-Martin, puis \u00e0 Amiens. Marie met au monde six gar\u00e7ons et deux filles. Parmi les gar\u00e7ons, nous aurons un p\u00e2tissier-confiseur \u00e0 Boulogne-sur-Mer, un brigadier aux recettes de la Banque de France \u00e0 Amiens, un tapissier \u00e0 Amiens, un marchand de confections \u00e0 Bapaume. Deux gar\u00e7ons et une fille sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s \u00e0 cinq mois, neuf mois et trois ans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Michel Bazin, \u00e2g\u00e9 de 76 ans en 1806, \u201cramasse\u201d chaque jour les b\u00e9b\u00e9s d\u00e9pos\u00e9s devant l\u2019hospice&#46;&#46;&#46;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[],"class_list":["post-538","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-portraits"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/538","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=538"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/538\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":543,"href":"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/538\/revisions\/543"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=538"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=538"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sylviehippolyte.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=538"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}